Dimanche 5 juin 2011 - dix heures, nous voilà dans la Xsara via l’aéroport
d’Orlys (Orly sud) parking 7. Edouard avait réservé une place sur internet. Il a réglé deux semaines de stationnement, cent trente euros. Une navette arrive et aussitôt nous pénétrons porte
G.
Malgré l’heure matinale, nombreux sont ceux qui partent, arrivent gesticulant, parlant. Au cœur de cet imbroglio taxis, enfants, jeunes gens, personnes âgées poursuit un but, inconnu des
autres.
Nous nous dirigeons alors au premier niveau afin de retirer les billets au comptoir «Thomas Cook». La jeune femme blonde est agréable, souriante, indiquant que l’enregistrement
n’ouvrira qu’à midi quinze du guichet 24 au 26. À onze heures vingt, celui qui enregistre les bagages en partance pour Porto bat son plein ! Pourtant, les retardataires seront maintes fois
rappeler au micro, aussi leur avion décollera-t-il avec trois quarts d’heure de retard…
De fait, la plupart des vols, ce dimanche 5 juin - en trois heures - ont quitté le tarmac trente, quarante minutes plus tard que l’horaire.
A chacun des vols retardés, de vagues excuses sont exprimés à l’ensemble des voyageurs sur le site ! Visiblement, autant le personnel de bord, que les employés au départ ne paraissent
tenir compte de la gêne imposée aux candidats au farniente, considérés comme des objets insignifiants. Pourtant, s’il n’y avait point de passagers, comment ce petit monde survivrait-il
???
Pour l’heure, nous sommes porte G, au rez-de-chaussée, au cœur d’une pénombre certainement volontaire, attendant l’ouverture des comptoirs via Rhodes.
A midi, nous commençons l’attente devant l’enregistrement encore fermé et constatons que le personnel est d’origine Maghrébine. Toutefois, réjouissons-nous de les voir enfin, au
travail…
Dix minutes plus tard, j’ose demander si quelqu’un arrivera au guichet 23 et c’est à peine si j’entends dans un balbutiement «oui» quand une jeune femme ouvre aussitôt. Cette dernière
paraît enrhumée, commençant par souffler fort dans un mouchoir.
Aucune réponse au «bonjour» la voilà demandant de présenter passeports ou cartes d’identité. Je formule le vœu d’être à l’avant de l’appareil, de répondre :
«Oui, mais d’abord mettez les valises sur le tapis roulant !» le ton sec. J’exécute les ordres, puis la dame «oublie» de répondre au salut collégial que nous lui
adressons… A ce moment, j’interroge Edouard :
«Penses-tu qu’il s’agit d’une beurette ?». Il répond par l’affirmative.
«Franchement, elle n’a rien à faire ici. Si elle n’est point heureuse de travailler un dimanche, qu’elle reste à la maison. Beaucoup de femmes seraient heureuses de prendre sa
place ! Non seulement Madame fait la «tronche» mais est carrément impolie. Il faudrait la placer à un guichet qui n’accueille point la clientèle. Si nous étions des «étrangers» que
penseraient-ils de la France et des Français ?
«Chez un client, une «beurrette» s’est arrangée pour faire «virer» quatre salariées alors qu’elle, est toujours en place. Je l’ai dit à la responsable qui en tiendra compte s’il y a un
nouvel incident.»
Nous montons au premier afin d’attendre l’affichage de notre vol, ainsi que le numéro de la porte.
Fujifilm AG 2028
En attendant, nous nous installons à la table d’un grand café afin d’avaler nos sandwichs.
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Enfin, nous nous rendons à la porte de départ, où règne un bruit incroyable.
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Il s’agit d’un vol Transavia qui est une compagnie Low Cost d’Air France-KLM. Tristement la climatisation est intermittente : dix
minutes de fonctionnement pour vingt de chaleur… Le vol pour Toulouse affiche quarante-cinq minutes de retard, autant que celui via Porto…
L’embarquement du nôtre en aura trente. Après l’attente, le personnel presse les voyageurs exigeant de mettre le turbo !
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Aussitôt, le coucou volant est rempli de passagers et le retard sera conservé. Rien n’est offert sur le Boeing 747 – 800, puisque tout est payant : boissons, sandwichs et autres
articles.
Fujifilm AG 2034 – L’intérieur du vol Transavia -
Le bel oiseau grimpe à une vitesse vertigineuse jusqu’à onze mille mètres d’altitude. A l’extérieur la température est de moins cinquante-trois degrés Celsius. Nous survolons déjà le
Nord de l’Allemagne puis le Nord de l’Italie, l’Albanie via Rhodes par bonheur, sans escale.
Fujifilm AG 2038 – Prise depuis le hublot -
Trois heures trente de vol, plus une heure de décalage horaire, nous atterrissons à 19h45, pour un départ d’Orlys à 15h15.
Fujifilm AG 2042 – Descente ventée, au sein d’une certaine chaleur
Fujifilm AG 2043 – Le bus emprunté pour deux minutes à peine -
Il y a un cafouillage incroyable dans l’aérogare de Rhodes car plusieurs vols sont arrivés simultanément.
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Fujifilm AG 2047 – devant le tableau des arrivées… -
Le numéro des tapis apparaît pour tous les vols, excepté le nôtre ! Des Français filent vers d’autres tapis puisque le tableau général demeure muet. Enfin, l’idée de suivre un groupe
rejoignant le numéro 1, proche de la sortie, débloque la situation car la petite valise noire portant notre nom semble tristounette sur un tapis vide ! Edouard arrive, saisissant aussitôt le
second bagage.
Dehors, une foule de voyagistes tend un panneau précisant le nom d’un hôtel.
Nous nous dirigeons alors, devant le comptoir Thomas Cook où «Guillaume» note deux arrivants sur une liste, précisant que c’est le bus numéro 27 qui nous emportera au Mareblue Lindos Bay.
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Là, une longue attente commence, car quatre passagers manquent à l’appel. Une sexagénaire insouciante rejoint l’engin quarante minutes plus tard, et un jeune couple la suit de près :
il n’a pas trouvé le bus !
Quand la montre indique vingt et une heure, nous n’avons plus la moindre goutte d’eau à boire, ni une miette à grignoter…
Enfin le manager apparaît et se met tranquillement à répondre aux questions des uns, des autres, alors qu’il y a une heure de route avant de rejoindre l’hôtel !!! Je commence à rouspéter
à haute voix, et bientôt l’accompagnatrice du manager annonce nos noms… nous descendrons donc, les premiers !
Ouf, le bus démarre enfin et prend un envol impressionnant dans le noir complet, certainement en vue de réduire le temps du parcours.
Fujifilm AG 2050 – prise le lendemain sur les hauteurs – Au centre le Mareblue dans la baie de Lindos
-
Fujifilm AG 2319 – Prise de jour -
Nous récupérons les valises devant l’hôtel, à… vingt-deux heures.
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Bien que nous espérions dîner, le réceptionniste qui a pourtant enregistré les vouchers prétend que nous n’avons le droit qu’à une demi-pension, alors que nous avons réglé une
pension complète ! Epuisée de fatigue, je renonce à parler anglais avec un Grec. Nous verrons bien demain. Pensai-je
Un groom saisit mon bagage et nous voilà dans une magnifique chambre entièrement carrelée de marbre beige brillant de mille feux.
Fujifilm GG 42 – Prise quelques jours plus tard -
Fujifilm GG 41 -
Nous disposons d’une grande salle de bains, également carrelée de marbre, du sol au plafond.
Fujifilm GG 38
Les deux balcons ont vue sur le parking et la montagne. L’un d’eux est agrémenté d’une table et de deux chaises. De l’autre côté de l’immeuble, tout en longueur, les vacanciers ont une
vue imprenable sur la mer… mais aussi le bruit, l’agitation.
Le lendemain, nous constatons qu’un chantier démarre sur la montagne, juste en face. Il s’agit des fondations d’une maison faisant partie d’un lotissement construit en espalier, dans la
roche. La chaleur est telle, que la climatisation ouverte, exige la fermeture des fenêtres, ce qui supprime complètement le bruit des engins de chantier. Quand nous rentrerons de la plage, le
calme serait revenu.
Pour le moment, une bouteille d’eau minérale nous est offerte ainsi que deux pommes, un kiwi, une orange alors que nous avons réglé la journée entière !!!! Nous nous contentons
de cela et buvons en plus, une bière et un bidon d’orangeade chacun, qui nous serons facturés six euros, au moment du check-out, à la fin du séjour.
Le Mareblue Lindos Bay comporte 205 chambres, une plage privée, un terrain de
tennis, une piscine couverte, un hammam et un sauna. Le Spa dans cet Etablissement quatre étoiles propose salles de massage, soins du corps, de beauté.
Lundi 6 juin 2011
Ce premier jour, nous découvrons notre environnement qui est, je crois idyllique.
Le restaurant et sa terrasse,
Fujifilm AG 2324 – L’entrée -
Fujifilm AG 2326 – Les buffets, les tables dressées de nappes blanches.
Fujifilm AG 2328 – La terrasse devant la piscine -
Fujifilm AG 2055 – La piscine, au loin l’horizon !
Fujifilm GG 47 – La plage et ses gros galets – Impossible de fouler la plage sans chaussures adaptées -
Avant de réserver deux transats, nous avons réglé à l’accueil avec une jeune femme grecque parlant un Français parfait, le détail de la pension de complète :
«Vous dîtes avoir payé une pension complète, mais quelle preuve avez-vous ?» J’interroge Edouard du regard, lequel a préparé ce voyage.
«Hier soir, j’ai fourni le voucher au réceptionniste. C’est là, qu’est indiqué «pension-complète». Dit-il
La jeune femme brune au regard perçant, à peine maquillée et guère attirante regarde sur l’ordinateur et approuve d’un hochement de tête.
«D’accord. Je vais vous donner une carte portant vos coordonnées, le numéro de votre chambre. Vous pourrez déjeuner au restaurant de la plage, situé juste après la piscine. Cependant, je
vous demanderais la plus grande discrétion, car la plupart des clients règle leurs repas.»
Fujifilm GG 50 – Le restaurant de la plage, tenue exclusivement par des grecs qui ne parlaient point d’autre langue
-
«Est-ce que l’eau est potable au robinet de la chambre, s’il vous plaît ? Car j’ai regardé le tarif des boissons qui paraît exorbitant ! Six euros un verre de bière locale,
quatre cinquante une bouteille d’eau minérale locale…»
«L’eau n’est pas mauvaise, mais il est préférable de s’hydrater avec de l’eau en bouteille.» Dit-elle
«Est-ce que autochtones font cela ici ?» Insistai-je
«La plupart… Vous avez aussi un bus qui passe devant l’hôtel tous les jours, emportant les touristes au village de Lindos situé à un kilomètre et demi de l’hôtel. Il y a également
sur la nationale, là-haut, un grand supermarché et un autre arrêt de bus conduisant à Rhodes, la capitale. Voici, les horaires… » Acheva-t-elle oubliant le sourire.
Plus loin, nous croisons Guillaume demandant d’assister à la réunion d’information à quinze heures trente, dans la salle de conférence proche du centre de soins.
Cet homme de petite taille, blondinet sympathique, souriant et toujours à l’écoute, a été recruté par Thomas Cook et vit neuf mois sur douze sur l’île de Rhodes. Ce dernier est là pour
vendre des visites aux vacanciers, mais cette fois, je ne veux rien dépenser de plus, pas même les boissons qui sont en supplément au restaurant...
Ceci créera évidemment, un froid, entre le personnel et nous, mais tant pis. Le calcul fait, nous aurions dépensé cent soixante euros en quinze jours.
En revanche, le chef de rang du restaurant refusa la bouteille d’Evian sur la table, laquelle était pourtant remplie d’une eau minérale locale… Donc, nous buvions après le repas, en
promenade de digestion au bord de la plage, ou posés sous un dais de toute beauté.
Fujifilm AG 2133 - Observer le restaurant de la plage, derrière -
En début d’après-midi, alors que le soleil tapait fort, nous décidons de gravir la longue montée conduisant à la supérette et j’eus l’envie de fixer ces instants :
Fujifilm AG 2051 -
Fujifilm AG 2052 –
Fujifilm AG 2054 – Quelques immeubles au milieu de nulle part !
Ecarlates, nous parvenons au supermarché et saisissons aussitôt un pack d’eau. Franchement, il m’était difficile d’imaginer de descendre sous ce soleil de plomb. Sur le retour, une
voiture rouge arrive et sans m’en rendre compte, la main se leva.
Une charmante conductrice Grec, parlant couramment le Français nous prit en charge gentiment, avec le pack d’eau. La minute du parcours, nous avions échangé quelques idées et la jolie
brune nous déposa juste devant l’hôtel ! C’était une aubaine et un très agréable souvenir.
«Edouard, nous ne retournerons plus sur la nationale. Tu as vu en passant, la supérette au bout du chemin, tout à côté de l’hôtel ?»
«Oui. Je crois que le gérant du supermarché est de ses amis... »
«Probablement. Maintenant que nous avons à boire, allons à la réunion, ensuite sera une tête dans l’eau claire !»
Ce premier jour, nous avons pénétré qu’il n’y aurait rien à faire d’autre ici, que le farniente sur la plage. Pourtant, Guillaume a précisé, que le Mareblue est le plus bel
hôtel de la côte Est. Tant mieux pour nous !
De fait, nous emprunterons deux fois le bus qui passe devant l’hôtel vers dix heures afin de visiter le village de Lindos, de prendre un bain de foule. La dernière semaine nous irons sur
la nationale emprunter un car couvrant les cinquante kilomètres conduisant au Nord de l’île, à Rhodes, la capitale.
Un peu d’histoire
La plus grande île du Dodécanèse
… qui est un archipel baignant dans la mer Egée et composé de douze îles. Rhodes est la troisième île de Grèce par sa taille (1404 km2).
Sa position stratégique, face à la Turquie - en fait une cible intéressante pour les visiteurs survolant les traces des siècles d’occupation, bien qu’elle fût rattachée à la Grèce en 1948 devenant ainsi, une démocratie.
Dans la Grèce Antique, Rodhes fut un lieu de villégiature pour les riches Romains. Au Moyen Age, elle passa sous la domination des Chevaliers de Malte, puis sous celle des ottomans avant
de revenir à la Grèce. Ainsi, Rhodes est connue aussi bien par ses plages, ses montagnes, la richesse de son histoire liée à l’architecture des vestiges mis au jour.
L’île attire chaque année une foule de touristes. C’est bien sûr la vieille ville de Rhodes, bâtie sous le règne des chevaliers de l'ordre de Saint-Jean qui est entourée de remparts
datant du XIVème siècle, emportant la palme d’or.
A l’image des cités bordant la méditerranée, l’île a été tout au long de son histoire envahit et occupée.
Pour lire la totalité de l’histoire de la
Grèce, cliquez sur ce lien
"Vers le rassemblement de tous les Grecs" (Extrait du site Hérode.net)
Georges 1er obtient de l'Angleterre la cession des îles Ioniennes dès 1863 (beau cadeau d'avènement). En 1881, la conférence de Constantinople lui accorde une petite partie de l'Épire et
la Thessalie. Il a beaucoup plus de difficultés à obtenir la Crète. C'est son dernier chef de gouvernement, le Crétois Éleuthérios Venizélos, qui va en faire son affaire.
Cet ardent militant du panhellénisme (le rassemblement de tous les Grecs) appelle les troupes grecques à occuper son île le 21 janvier 1897. Mais, sous la pression des grandes puissances,
Athènes doit finalement lâcher prise.
Le gouvernement tente de se consoler en envahissant l'Épire. Mal lui en prend. Son armée est brutalement défaite par les Turcs à Domokos et refoulée. Les grandes puissances interviennent
cette fois pour lui sauver la mise.
La Grèce, confrontée par ailleurs à une grave crise économique et sociale, se déclare en faillite la même année. C'est la première faillite de son Histoire ; ce ne sera pas la
dernière.
Cependant, les militaires et les nationalistes, qui voient en Venizélos leur héros, plaident pour sa nomination à la tête du gouvernement.
Premier ministre en octobre 1910, il entame contre la Turquie une première guerre balkanique deux ans plus tard. Elle lui permet de récupérer enfin la Crète au traité de Londres, le 30
mai 1913, quelques mois après l'assassinat du roi Georges 1er et l'accession au trône de son fils Constantin 1er.
Une seconde guerre balkanique vaut à la Grèce d'enlever à la Bulgarie une partie de la Macédoine et d'obtenir aussi Salonique et la Thrace occidentale.
Quand survient la Grande Guerre, la tension est à son comble. Le roi, beau-frère de l'empereur allemand Guillaume II, voudrait engager son pays à ses côtés. Venizélos, désireux de gains
territoriaux, veut quant à lui l'engager contre la Turquie, autrement dit aux côtés de la France et l'Angleterre.
En octobre 1915, Venizélos encourage secrètement les Alliés à débarquer à Salonique après leur échec des Dardanelles. Le roi, mécontent, le renvoie. C'est la rupture. Venizélos établit un
gouvernement rebelle en Crète puis à Salonique, auprès des Alliés.
Le général Sarrail, qui commande l'armée d'Orient, fait débarquer des fusiliers marins au Pirée, le port d'Athènes, et exige le départ du roi. Celui-ci abdique le 12 juin 1917 au profit
de son deuxième fils Alexandre (22 ans).
Venizélos, de retour à Athènes en juin 1917, déclare officiellement la guerre aux Puissances centrales. Cet engagement lui vaut, lors des négociations de paix, d'obtenir des gains
territoriaux exorbitants. La Grèce se voit reconnaître par le traité de Sèvres toute la mer Égée, y compris la rive orientale et Smyrne.
C'est plus que n'en peuvent supporter les Turcs. Sous la direction de Moustafa Kémal, ils écrasent l'armée grecque, imposent l'armistice de Moudanya (11 octobre 1922) et obtiennent par le
traité de Lausanne (24 juillet 1923) une complète révision du précédent traité.
Mais ils ne s'en tiennent pas là. Ils rejettent de l'autre côté de la mer Égée toutes les populations grecques, soit environ 1.300.000 personnes. En retour, quelques 300.000 Turcs
quittent la Grèce pour la Turquie. Avec ce premier transfert de population de l'Histoire moderne, c'en est fini de trois millénaires de culture hellénique en Anatolie (la Turquie
moderne).
Le temps des troubles
Quatre guerres contre la Turquie (1897, 1912, 1913 et 1920) s'achèvent sur un désastre. La Grèce entre dès lors dans une crise aigüe, tant du fait des difficultés militaires que des
difficultés intérieures : accueil des réfugiés, déliquescence (affaiblissement) de l'administration et des finances publiques.
Le 15 octobre 1920, le jeune Alexandre 1er meurt accidentellement des suites de la morsure d'un singe.
Un mois plus tard, le 14 novembre 1920, les déboires militaires en Anatolie valent une déroute électorale au parti de Venizélos et un référendum populaire rappelle le germanophile
Constantin sur le trône. Mais les militaires obtiennent son abdication définitive après l'armistice de Moudanya, qu'ils ne lui pardonnent pas. Constantin suit Venizélos sur les routes de l'exil
et laisse le trône à son fils aîné Georges II.
En décembre 1923, retournement de situation : les vénizélistes contraignent le roi Georges II à abdiquer à son tour. En mars suivant est instaurée la Seconde République (après celle de
1830).
L'inusable Venizélos retrouve son poste de Premier ministre en 1928. Désormais soucieux d'étouffer les conflits potentiels, il se rapproche de l'Italie de Mussolini comme de la
Yougoslavie d'Alexandre 1er.
Ses efforts n'ont pas le temps de porter leurs fruits. La Grèce, fragile et pauvre, est frappée de plein fouet par la crise économique consécutive au krach de Wall Street (octobre
1929).
Un référendum, en novembre 1935, replace sur le trône Georges II. Mais cela ne règle rien et, le 4 août 1936, le général Ioannis Metaxàs s'empare du pouvoir. Admirateur de Mussolini, il
exerce une dictature du même type sous l'égide de la couronne et avec un large soutien populaire.
Il n'en est pas moins affecté quand l'Italie envahit l'Albanie en 1939. Se sentant désormais menacé, il resserre les liens de la Grèce avec ses voisins balkaniques. Quand éclate la
Seconde Guerre mondiale, il s'efforce de maintenir son pays dans la neutralité. Mais un ultimatum italien du 28 octobre 1940 vient bouleverser ses calculs. À cet ultimatum, Metaxàs répond
fermement «Ochi» («non»).
Le petit royaume est aussitôt envahi par les troupes italiennes. À la surprise générale, les Grecs résistent avec une âpreté étonnante à l'invasion et parviennent à repousser les Italiens
en s'appuyant sur les fortifications frontalières de la «ligne Metaxàs» ! Mussolini, de dépit, appelle à la rescousse son allié Hitler.
La Wehrmacht envahit le pays le 6 avril 1941. Deux mouvements de résistance au nazisme, bientôt antagonistes, se mettent en place : l'EAM-EAS communiste et l'EDES monarchiste.
Après une longue résistance qui se poursuit jusqu'en Crète, tout le pays est finalement occupé et dépecé. La famine ravage le pays, causant pas moins de 300.000 victimes. Comble de
l'horreur, de nombreux juifs sont déportés et l'importante communauté israélite de Salonique exterminée.
Quand arrive l'heure de la Libération, en 1944, d'autres épreuves attendent les Grecs, non moins atroces, avec une guerre civile entre les deux mouvements de résistance, communistes d'un
côté, royalistes pro-occidentaux de l'autre. Elle ne va prendre fin qu'en octobre 1949, faute de combattants.
Le temps des déconvenues
La paix, enfin ! Sous le règne de Paul 1er, qui a succédé à son frère Georges II le 1er avril 1947, la Grèce entreprend sa reconstruction. Tout est à faire ou refaire. Elle bénéficie du
plan Marshall.
Elle a aussi la satisfaction de recouvrer en 1948 les îles du Dodécanèse et Rhodes, cédées à l'Italie après la Première Guerre mondiale. Elle entre au Conseil de l'Europe en 1949 et dans
l'OTAN en 1951. Le conservateur Constantin Caramanlis (ou Konstantin Karamanlis) accède en 1955 à la tête du gouvernement. Il est battu en 1963 par le chef de l'opposition de gauche Georges
Papandréou (ou Papandhréou).
Le fils de celui-ci s'étant compromis avec une organisation d'extrême-gauche, en pleine guerre froide, il s'ensuit une crise politique. Elle débouche sur un coup d'État militaire le 21
avril 1967. Le monarque, selon une habitude bien enracinée, ne tarde pas à prendre le chemin de l'exil. Ce «régime des colonels» s'effondre suite à l'invasion inconsidérée de Chypre le 15 juillet
1974. L'aspect trouble de cette période a été illustrée par le film Z de Costa-Gavras (1969) qui raconte l'assassinat du député Gregoris Lambrakis en 1963.
Ce jour-là, avec la complicité des colonels qui exercent le pouvoir à Athènes, en Grèce, la Garde nationale cypriote fomente un coup d'État contre le président Makarios et tente de
réaliser l'Enosis (rattachement de l'île à la «mère-patrie»). L'armée turque, prétextant une menace pour les habitants turcophones, envahit aussitôt le nord de l'île. Depuis cette date, les deux
communautés vivent séparées, de part et d'autre d'une «ligne verte».
Déconsidérés, les colonels remettent le pouvoir aux civils et, le 24 juillet 1974, Constantin Caramanlis reprend la tête du gouvernement. La monarchie est définitivement abolie par le
référendum du 8 décembre 1974. Depuis lors, le pouvoir est exercé en alternance par les deux grandes familles politiques du pays : les Caramanlis, chefs du parti conservateur Nouvelle Démocratie,
et les Papandréou, chefs du parti socialiste Pasok.
Illusions européennes
Le 1er janvier 1981, la Grèce a pu fièrement entrer dans la Communauté économique européenne (aujourd'hui l'Union européenne), en dépit d'une économie fragile et pauvre. «On ne ferme pas
la porte à Aristote et Platon», aurait déclaré le président français Valéry Giscard d'Estaing.
Vingt ans plus tard, pour les mêmes raisons, avec la même indulgence de la part des dirigeants européens, elle a pu rejoindre la zone euro. Il ne s'est pas écoulé dix ans avant que
n'éclate l'irréalisme de ces promotions prématurées.» Fin de citation
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